Le projet de loi Duplomb avait été le feuilleton législatif de l’été 2025 : le sénateur (LR) de Haute-Loire était sorti de l’anonymat en faisant une proposition de loi qui portait essentiellement sur trois points :
- Autoriser des dérogations pour pouvoir utiliser deux pesticides (acétamipride et flupyradifurone) ;
- Faciliter l’agrandissement des bâtiments d’élevage ;
- Faciliter les projets de mégabassines.
Ce projet de loi, adopté par l’Assemblée nationale le 8 juillet 2025, avait suscité une opposition totalement inédite en France, avec notamment une pétition qui avait recueilli plus de 2 millions de signatures. La loi avait été promulguée le 8 août, amputée de son article 2, censuré par le Conseil constitutionnel (l’article concernant la réintroduction des néonicotinoïdes).
Débat le 11 février
La pétition ayant obtenu plus de 500.000 signatures, un débat (sans vote) peut avoir lieu à l’Assemblée nationale. Il aura finalement lieu le 11 février. Il devait se tenir en janvier mais avait été remis suite aux manifestations agricoles.
Entretemps, Laurent Duplomb vient donc de déposer une nouvelle proposition visant à réintroduire l’article censuré par le Conseil constitutionnel, en la formulant autrement pour éviter qu’elle ne subisse le même sort.
Si M. Duplomb était quasiment inconnu du grand public jusqu’au printemps dernier, il ne l’était pas, loin s’en faut, du monde agricole puisqu’il fut lui-même exploitant laitier, membre influent de la FNSEA dont il est un fervent soutien, membre du conseil de surveillance de Candia, président régional du groupe laitier Sodiaal. En fait, c’est un peu comme si Philip Morris déposait une proposition de loi favorable au tabac !
Et le citoyen, dans tout ça?
L’impression laissée est d’autant plus désagréable que le moment choisi pour déposer cette proposition de loi risque fort de court-circuiter le débat du 11 février, obtenu par les citoyens pétitionnaires.
Mais ce qui est encore plus gênant, c’est que cette façon de rentrer par la fenêtre quand on s’est fait jeter par la porte semble bien dénier au citoyen -consommateur lambda un quelconque droit de regard sur la qualité de l’eau qu’il boit, l’air qu’il respire, les aliments qu’il avale. Car, faut-il le rappeler, les deux pesticides en question sont loin d’être anodins : ils ont, entre autres, des effets sur le système nerveux des êtres vivants.
Bref, pas la peine d’en rajouter, si ce n’est pour rappeler que les deux autres dispositions de la loi Duplomb (sur la taille des élevages et les mégabassines) ont, elles, été bel et bien adoptées, il ne faudrait pas l’oublier.




